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Satoshi Kon

On se retrouve aujourd'hui pour le dernier travailleur de l'animation de cette "saison 1" à savoir le fameux Satoshi Kon, l'un des plus grands génies de notre époque.

Satoshi Kon

Affiliation : Madhouse Production

 

Partie I : L'historique

 

Présentation générale

Satoshi Kon était un réalisateur de films d'animation et mangaka japonais très réputé. Né le 12 octobre 1963 à Kushiro dans la préfecture d'Hokkaido il s'est éteint le 24 août 2010 des suites d'un cancer du pancréas à l'âge de 46 ans. Ami et élève de Katsuhiro Otomo, il est célèbre pour sa vision de l'humain et son amour pour la psychologie que l'on retrouve dans chacun de ses films. Il est révélé au grand public dès son premier film, Perfect Blue, qui sort en 1997. Dès lors, il figure parmi les réalisateurs préférés du public, c'est toujours le cas aujourd'hui.

 

Enfance, jeunesse et début

Né à Kushiro sur l'île d'Hokkaido, Satoshi déménage tôt à Sapporo avant de revenir au bercail pour ses études. Elevé dans une famille normale, sans problème mais peu argentée, il se passionne très tôt pour l'animation. Ses oeuvres favorites de l'époque sont Yamato, la série télé de Leiji Matsumoto(1974), Conan le fils du futur, d'Hayao Miyazaki(1978) et Mobile Suit Gundam de la Sunrise. Alors qu'il est au lycée Koryo, à Kushiro, il découvre également le manga Domu du légendaire Katsuhiro Otomo. C'est véritablement cette oeuvre qui le convainc de se lancer dans le milieu du manga et de l'animation. Une fois le lycée terminé, en 1982, Satoshi décide d'étudier le design visuel à l'université de Musashino, dans la banlieue de Tokyo. Déjà dessinateur régulier, il passe jusqu'à huit heures par jour sur un simple dessin. Il découvre notamment grâce à un ami le cinéma américain qui lui donne déjà plein d'idées pour ses films futurs. En parallèle il se lance aussi dans la lecture, pensant qu'un maximum de connaissances et de visions du monde ne peut que l'aider dans sa future profession, il découvre alors l'hyper fictionaliste réputé Yasutaka Tsutsui qui jouera un grand rôle dans son avenir. Une fois son premier manga achevé, Toriko, en 1985 le jeune Satoshi se décide à trouver un boulot pour financer plus facilement ses études. Mais il ne se doutait pas que son manga l'aiderait autant. En effet Toriko est publié dans le Young Magazine et remporte le prix Tetsuya Chiba d'excellence pour débutant. Il est ainsi sous les feux des projecteurs ce qui lui permet d'attirer l'attention d'une personne : Katsuhiro Otomo lui-même. Jugeant le jeune Satoshi très prometteur, Otomo le prend comme assistant sur son manga devenu culte, Akira. C'est un rêve pour Kon qui apprend plus que dans tout le reste de sa vie.

Il termine ses études peu après, en 1987 et reste en contact avec son mentor. En 1990 il achève son deuxième manga, Kaikisen qui met du temps à trouver un éditeur. C'est finalement la Kodansha qui le publie en volume relié en 1991. Aux côtés d' Otomo, il participe également au projet World appartment horror dont il fait l'adaptation manga. Très difficile à trouver aujourd'hui, cette partie de sa carrière est malheureusement peu connue. Toujours est-il qu'Otomo est de plus en plus impressionné par son jeune compère. A tel point qu'il désire le former au métier d'animateur afin que son talent s'exprime par d'autres manières. Scénariste sur Roujin Z, Otomo lui obtient le poste de concepteur des décors. Il lui donne également des cours d'animation mais aussi de mise en scène. Enfin Otomo achève sa formation en lui présentant un nouveau mentor : Mamoru Oshii. Ce dernier engage Kon pour un petit travail sur Patlabor 2 et surtout pour réaliser avec lui un nouveau manga : Seraphim. Débuté en 1995 le manga s'achève en 1996 sur une défaite puisqu'il ne sera jamais terminé. Pour autant Kon désire aller plus loin que le manga qu'il considère comme trop statique et assez peu émotionnel. Il a un autre but, en effet depuis son travail en 1993 sur la série JoJo's Bizarre Adventure, il songe à la réalisation. De plus en plus fana de mise en scène, il hésite à tenter l'aventure. Il participe alors au projet Memories de Katsuhiro Otomo. Il est en charge de plusieurs travaux sur le segment Magnetic Rose ce qui lui permet de tester son niveau. Il va marquer ses collègues par le fait qu'il utilise pour la première fois la notion de réalité subjective qui n'était pas prévue sur le script original(il s'inspire de son expérience sur les oeuvres de Tsutsui). Le résultat est très bon ce qui le motive à se lancer.

Satoshi Kon

Une légende est née : l'aventure Perfect Blue

Impatient et motivé, Kon contact plusieurs studios afin d'obtenir une chance de prouver son talent. Il est recontacté peu après par Madhouse qui aimerait le voir aux commandes d'un film adapté d'une oeuvre de Yoshikazu Takeuchi : Perfect Blue. Kon se met dès lors au travail avec l'aide des équipes de Madhouse. Passionné par la psychologie humaine, la folie mais aussi la beauté de nos émotions, il s'attaque au film sous cet angle. Perfect Blue est un thriller psychologique qui met en scène une jeune idole pop qui décide de se lancer dans la télévision et le cinéma pour réorienter sa carrière. Conseillée par un agent prêt à la prostituer pour de l'argent elle sera également poursuivie par un de ses anciens fans devenu fou après avoir appris son départ de la scène musicale. Le film sort en salles en 1997 et est un véritable carton ce qui étonne beaucoup Madhouse car Kon avait demandé à considérablement changer le scénario original pour y incorporer notamment la notion de réalité subjective. Au final, l'adaptation ne se fait que dans l'esprit de l'oeuvre, le reste est une pure création de Satoshi Kon ce qui le met immédiatement sous le feu des projecteurs. Son talent est indiscutable, sa méthode de travail est cadrée, stricte et hyper efficace. L'homme est un bourreau de travail et il réalise déjà un film culte.

Récompensé partout où il passe, le film est comparé à Ghost in the Shell sorti deux ans plus tôt. Les deux sont intelligents, cultes et ont fait un carton monumental. Ce succès donne à Kon l'envie d'approfondir ses connaissances dans la psychologie humaine. Il se met à chercher des livres utiles lorsqu'il retombe sur les oeuvres de Yasutaka Tsutsui. Il les relit toutes et veut dès lors adapter Paprika, l'un des meilleurs romans de l'auteur, en film d'animation. Mais le projet échoue à cause d'un manque de financement. Cependant Kon avoue lui-même qu'il n'était pas prêt pour un tel projet et que cela aurait sans doute été un échec critique. Au chômage et sans trop d'idée, Kon est heureusement recontacté par le producteur de Perfect Blue qui avait beaucoup aimé la notion de réalité subjective. Il lui demande de la réutiliser sur un nouveau film, le drame Millenium Actress de Madhouse. Le film débute par la destruction de fameux studios de cinéma japonais. L'entreprise ferme et tous les journaux télé s'y intéressent, le studio ayant marqué l'histoire par ses nombreux films. A cette occasion et dans le but de faire un reportage sur le sujet, un réalisateur et son caméraman décident d'interviewer la plus fameuse actrice de ce studio, qui a arrêté sa carrière il y a longtemps pour aller vivre en montagne. Cette dernière accepte de répondre à leurs questions et leur raconte sa vie. Sauf qu'au lieu d'écouter l'histoire, les deux hommes vont la vivre, littéralement. Ils vont ainsi découvrir toute l'histoire de Chiyoko Fujiwara, une actrice qui ne demandait qu'à trouver l'amour.

Encore une fois Kon collabore avec Sadayuki Murai pour le scénario et met en place une réalité subjective, beaucoup moins psychologique et plus dramatique. Il joue également sur le temps, la vision et le rythme de son film à tel point qu'on vit tout autant l'histoire que le réalisateur et son caméraman. Le film est un succès considérable et dépasse sans soucis Perfect Blue. Satoshi Kon est alors confirmé comme l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire de l'animation.

Satoshi Kon

La success story d'un génie

Profitant de son succès, le maître de la psychologie animée embraye sur un autre projet, celui de raconter une histoire se déroulant en pleine période de Noël. Tokyo Godfathers sort en 2003. Le film raconte l'histoire de trois SDF(un quadragénaire bourru, un travesti et une gamine fugueuse) qui trouvent un bébé dans les poubelles de Tokyo la veille de Noël. Décidant de tout faire pour le ramener à ses parents, les trois vagabonds comptent sur l'esprit de Noël pour les aider. Cette fois-ci exit la réalité subjective, le thème commençait à échapper au réalisateur. Ici c'est une comédie mais qui reste dans la psychologie humaine puisqu'elle aborde des thèmes sociaux très prononcés. La considération des SDF, l'exclusion sociale, la fuite des réalités, le refus de se conformer à la société et la tension familiale sont autant de sujets profonds qui sont abordés. Produit par Madhouse et coscénarisé par Keiko Nobumoto le film est un succès colossal. Personnellement c'est mon film préféré de Satoshi Kon, je vous le conseille grandement. 

L'année d'après, Kon s'attaque pour la première fois à la scénarisation et la réalisation d'une série animée. Les treize épisodes de Paranoïa Agent sortent tous en 2004 et impressionnent. La série est intense, violente, schizophrène et remet au goût du jour la réalité subjective. C'est dérangeant parfois effrayant mais le génie de Kon est encore une fois reconnu(il faudrait vraiment que je m'y remette). Dès la fin de la série, Kon ne tient plus. Il recontacte Yasutaka Tsutsui et lui fait part de l'envie de réaliser un film adapté de Paprika. Les studios Madhouse sont d'accord et l'auteur accepte de rencontrer le réalisateur. Le courant passe très bien et après quelques discussions le film est lancé. Cependant comme on peut le voir dans les bonus DVD de Paprika le projet ne sera pas de tout repos. Paprika est en effet un livre extrêmement complexe qui aborde les thèmes de la psychologie, du rêve, de la technologie et du piratage. Considéré comme l'un des plus grands romans japonais, le challenge de l'adapter est en plus joint d'une pression immense. Si en plus on ajoute des problèmes techniques, un univers très compliqué à matérialiser, une participation au film Steamboy d'Otomo et la manie de Kon à tout vouloir faire on arrive à un film qui mettra plus de deux ans à être réalisé(et l'équipe est considérable).

Satoshi Kon

Paprika sort en 2006 et devient pour beaucoup l'oeuvre iconique de Satoshi Kon. Son adaptation de l'univers mais aussi de la psychologie du roman sorti en 1993 est tout simplement hallucinante. Tsutsui est admiratif du travail de même que Madhouse qui a trouvé en Kon sa perle. Le public national et international est très réceptif et Paprika devient sans conteste LE film de 2006. Petit détail, lui et Tsutsui doublent les personnages des barmans dans le film, une expérience enrichissante et très fun d'après eux. Faisant parti des plus gros noms de l'animation japonaise il est alors contacté par NHK pour réaliser un des segments de la série Ani-Kuri15 comme Makoto Shinkai, Mamoru Oshii, Osamu Kobayashi, Michael Arias ou encore Mahiro Maeda. Il réalise le dernier épisode de la saison 3 intitulé Ohayo. La même année il fait aussi partie des fondateurs de la JANICA, la Japan Animation Creators Association qui vise à sensibiliser sur les conditions de travail des jeunes animateurs. Kon passe le reste de l'année 2007 à s'impliquer dedans.

 

La fin d'une vie mais pas d'une légende

Mi 2008 le réalisateur reprend du service après avoir oeuvré en tant que consultant et réfléchit à une nouvelle idée de réalisation. C'est au début de l'année 2009 qu'il sélectionne son prochain appelé Yume Miru Kikai qui peine à démarrer. Ce projet devait viser un public plus jeune que ses autres films. Malheureusement il ne verra jamais le jour. Au début de l'année 2010 Satoshi se sent plus fatigué et éprouve quelques difficultés à travailler. Il consulte alors son médecin en mai et apprend alors qu'il souffre d'un cancer du pancréas en phase terminale, on lui donne six mois maximum. Dès lors il annule son projet et fait en sorte de préparer son départ comme il convient. Il rédige un message à l'attention de ses fans qu'il souhaite que sa femme publie sur son blog après son décès. Le 24 août 2010 sa femme annonce publiquement le décès de Satoshi Kon sur son blog. Ce dernier s'est éteint après trois mois de lutte et confie dans son message ne pas avoir voulu en parler à ses fans par honte et par volonté de ne pas les attrister. Des hommages fusent du monde entier, Hayao Miyazaki, Isao Takahata, Makoto Shinkai, Mamoru Oshii, Yasutaka Tsutsui, Katsuhiro Otomo ou encore Darren Aronofsky(Requiem for a dream, Black Swan, The Wrestler) et le personnel de Madhouse. Plusieurs récompenses posthumes sont accordées au réalisateur qui devient dès lors une des plus grandes légendes de l'animation et du cinéma mondial.

Satoshi Kon

 

Partie II : Le style

Satoshi Kon était connu pour être un bourreau de travail et pour participer à chaque étape de son film, que ce soit dans la pré-production, la réalisation ou la post-production. Il décrit sa manière de travailler dans les bonus DVD de Paprika.

Pour ses oeuvres originales, il réfléchit tout d'abord à une histoire impliquant ses thèmes favoris tels que la psychologie humaine, la réalité subjective ou encore l'humain plus généralement. Puis il voit si ses idées sont transposables en dessins. S'il travaille sur une adaptation il ne cherche pas à rendre un travail fidèle dans la forme mais seulement dans l'esprit. Pour le reste il s'en éloigne très fortement afin de naviguer en eaux libres.

Après il commence à imaginer le scénario précisément et tout seul. Puis il l'étoffe et le rend plus digeste avec l'aide d'un coscénariste souvent proche de lui. Sadayuki Murai, Seishi Minakami et Keiko Nobumoto ont occupés ce rôle. Il envoie ensuite l'idée au studio Madhouse, son principal allié dans le métier, qui accepte ou non l'idée. Si le film est accepté, Kon démarre immédiatement par la création des personnages impliquant le chara-design mais aussi et surtout la création psychologique de ces derniers. Il n'hésite pas à prendre beaucoup de temps pour cette étape car c'est pour lui la plus importante. En général la durée de ce travail est de 8 à 10 mois mais peut être comprise entre 6 mois et un an. Ensuite, il conçoit les storyboards tout seul et uniquement tout seul. Ce travail est long mais millimétré et vraiment impressionnant. S'il a fini par délaisser le chara-design au profit de Masahi Ando il n'a par contre jamais lâché les storyboards. Ensuite démarre la production. Il insiste pour travailler aux côtés de ses collègues préférés : Nobutaka Ike aux décors, Masafumi Mima aux sons, Susumu Hirasawa à la musique, régulièrement Masahi Ando au chara-design et bien sûr ses coscénaristes. L'importance de travailler avec une équipe qui se connait est capitale pour Kon. L'équipe forme un tout, le réalisateur n'est pas plus important, seulement plus médiatisé. Dernier point important, Kon préfère travailler avec de petits budgets afin de devoir réfléchir sur une manière intelligente de faire passer les choses trop coûteuses. Seuls quelques millions de dollars sont alloués à ses projets(en général deux ou trois).

Influencé par l'oeuvre de Katsuhiro Otomo mais aussi par quelques dessins animés, Kon est également friand de cinéma américain qui l'aide beaucoup à trouver des idées. A l'inverse, il n'a jamais été fan de cinéma traditionnel japonais. La littérature l'aide également beaucoup, Philip K.Dick et Yasutaka Tsutsui sont ses deux auteurs préférés. Enfin, l'oeuvre de sa vie Paprika est également celle qui lui a donné envie de travailler en tant que réalisateur.

Satoshi Kon

Partie III : L'oeuvre

Le mangaka

1985 : Toriko

1986-1992 : Akira(assistant de Katsuhiro Otomo)

1990 : Tropic of the Sea

1990-1991 : Kaikisen(1 volume)

1991 : World appartment horror(1 volume)

1995-1996 : Seraphim(avec Mamoru Oshii)(1 volume, inachevé) et Opus(inachevé au bout de deux volumes)

L'animateur

1991 : Roujin Z de Hiroyuki Kitakubo(conception des décors) et World appartment horror de Katsuhiro Otomo(scénariste)

1992 : Cours ! Melos de Masaaki Osumi(layout) et Patlabor 2 de Mamoru Oshii(layout)

1993 : JoJo's Bizarre Adventure(épisode 5)(directeur d'épisode, scénariste et story-boarder)

1995 : Memories de Katsuhiro Otomo, Tensai Okamura et Koji Morimoto(scénariste, layout et conception des décors du segment Magnetic Rose)

1998 : Master Keaton(animateur de l'épisode 15) et Detatoko Princess(animateur)

Le réalisateur

1997 : Perfect Blue

2002 : Millenium Actress

2003 : Tokyo Godfathers

2004 : Paranoïa Agent(13 épisodes)

2006 : Paprika

2007 : Ani-Kuri15 segment Ohayo

Satoshi Kon

J'en ai donc terminé avec les premiers réalisateurs dont je voulais vous parler. La semaine prochaine nous aurons un dernier studio d'animation avant une petite pause histoire de faire une nouvelle liste. J'espère que cet article vous aura plu et motivé à vous renseigner sur Satoshi Kon.

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